En juillet 2024, j’ai fait le choix d’investir dans un vélo cargo professionnel pour assurer les livraisons de ma brasserie artisanale en milieu rural. Le fabricant m’a proposé un vélo cargo de démonstration (occasion) les tarifs du neuf étant hors budget pour moi.
Ce n’était pas un simple achat. C’était un engagement.
Un engagement financier important pour une petite structure.
Un engagement logistique, puisque ce vélo devenait mon unique véhicule professionnel.
Un engagement aussi envers une filière que je voulais soutenir : mobilité douce, sobriété, cohérence écologique.
Moins d’un mois après la livraison, les problèmes commencent : pertes de puissance, blocages de roues, rupture de courroie avec un mois d’attente. Fin septembre, extinction totale du vélo. En octobre, malgré un changement de batterie, nouvelle panne avec blocage des roues en circulation. Six semaines d’immobilisation sur les premiers mois.
Après une période plus stable de 6 mois, en juin 2025 : rupture du cadre avant. Immobilisation de plusieurs semaines. Un vélo de remplacement m’est finalement fourni, monté avec des pièces disponibles : vibrations importantes, perte du freinage régénératif, nouveaux dysfonctionnements électriques. Il finit lui aussi en panne complète.
En octobre, apres recuperation de mon velo, je découvre une rupture du cadre arrière.
Deux ruptures de cadre en 18 mois.
Aujourd’hui, le vélo est chez le fabricant sans restitution alors qu’il est annoncé réparé depuis 3 mois. Malgré une demande de remboursement, des relances répétées et des demandes de propositions de resolutions, aucune solution n’a été formalisée.
Concrètement, pour moi, cela signifie :
- des livraisons annulées ou improvisées au dernier moment,
- du temps perdu en diagnostics, échanges et relances,
- une production perturbée,
- une trésorerie sous tension,
- une crédibilité professionnelle fragilisée.
Mais le plus difficile à accepter, ce ne sont pas seulement les pannes. C’est le sentiment que l’engagement du professionnel utilisateur n’est pas considéré à la hauteur des enjeux.
Après 18 mois, plusieurs immobilisations majeures et deux ruptures structurelles, je ne parle plus simplement de défauts techniques. Je parle d’une incapacité à assurer un service après-vente proportionné aux besoins réels d’un professionnel dont l’outil de travail dépend entièrement du matériel fourni.
J’ai pris un risque en m’engageant dans cette voie.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’en assumer seul les conséquences. Heureusement mes clients sont compréhensifs.
Mais la crédibilite de la filière dans ma région est sérieusement ébranlée.
Avec le recul, je tire un constat plus large.
Jeme suis tourné vers une solution high-tech centralisée, dépendant d’un fabricant unique, et je le regrette.
Aujourd’hui, je mesure que la sophistication technologique ne remplace ni la robustesse, ni la réparabilité, ni la proximité.
Quand l’outil est complexe, propriétaire et dépendant d’un seul acteur, le professionnel utilisateur devient captif. Et quand le service après-vente ne suit pas, c’est toute l’activité qui vacille.
J’ai voulu soutenir l’innovation.
Je me retrouve à assumer seul le risque industriel alors que je suis qu’un artisan…
Pour moi, artisan, l’innovation n’a de valeur que si elle s’accompagne de robustesse, de réparabilité et d’un service après-vente à la hauteur des enjeux des professionnels qui s’y engagent.
Je reste convaincu que la mobilité professionnelle décarbonée a du sens. Mais elle doit être fiable et pensée pour ceux qui en dépendent chaque jour pour travailler.
J’espere que ce témoignage pourra contribuer à faire évoluer les pratiques vers plus de solidité, plus de transparence et plus de responsabilité dans l’accompagnement des professionnels.