Perspectives sur deux lieux de vies opposés : ville dense VS quartier pavillonnaire

Voici une petite réflexion personnelle sur mon vécu mobilité de la fin d’année 2020 confinée.

J’ai passé 2 mois à Brest, ça m’a rappelé comment je vivais avant, et ça m’a permis de réfléchir à la comparaison entre vivre dans la mégapole Paris ou en périphérie d’une ville au 25ème rang de population.

Situation : quartier résidentiel qu’on pourrait qualifier de modèle, à 3-4km du centre ville.

Ce quartier est exceptionnel par la quantité d’espaces et chemins verts piétons entre les lotissements. On le voit clairement sur la capture d’écran, c’est vert !

Mais comme beaucoup de quartiers résidentiels, les déplacements de plus de 500m s’y font à l’écrasante majorité en voiture. Le concept même de ne pas avoir de garage ou de voiture garée sur la petite place centrale de chaque rue courbée d’une douzaine de maisons, est complètement inconnu.

Je peux dire avec certitude que la situation mobilité en 20 ans n’a presque pas changé, si ce n’est :

  • un tram tout classe et moderne a été mis en place, passant à 15 minutes à pieds du quartier pour rejoindre le centre en 15 autres minutes, mais seuls quelques motivés dans mon quartier le prennent;
  • le poids ou le volume des voitures a doublé, c’est visuellement frappant : le parking du pâté de maisons était avant rempli de R5, R19 et clios, maintenant plus de la moitié sont des SUV, des Kangoo etc.
  • des pistes cyclables sont apparues, en grande majorité des bandes peintes dangereuses, mais quelques axes structurants existent dont une dernière géniale qui donne un de l’espoir et que je félicite. Malgré une petite augmentation, les vélos y sont toujours aussi rares que les renards.

Ce qui me frappe, c’est que tout le monde est formaté. La voiture est une évidence, y a juste pas à se poser la question, c’est comme ça qu’on se déplace. A Paris, l’exception c’est la voiture. A Brest, l’exception c’est le déplacement autrement qu’en voiture.

Brest est pluvieux, j’en convient. En 2 mois j’ai été 3 fois plus mouillé qu’en 1 an de déplacements quotidiens à Paris, hiver compris. La pluie s’ajoute clairement dans cette ville comme un gros freins au vélo et à la marche. Mais aussi au bus et au tram, car ils demandent de faire 500m en kway plutôt que de traverser son trottoir pour s’isoler dans sa bulle métallique d’une tonne et 500 kilos. Elle est cependant à relativiser : il est facile et peu coûteux de s’équiper pour ne pas la subir (surpantalon, kway, gants), et surtout elle ne concerne qu’une saison sur 4.

Mais il faut bien insister sur un effet paradoxal : ces quartiers résidentiels sont tellement peu denses qu’on ne sent pas le poids du tout voiture. C’est à mon avis un des éléments clefs de cet immobilisme.

Cette différence de densité est telle que le 11ème arrondissement de Paris, qui est en gros le quartier le plus dense du monde, fait la même population que Brest. Cette comparaison à l’échelle est frappante :

Cette différence se sent dans le nombre de voitures sur les routes, mais aussi dans les commerces. Il n’y a pas de café dans ce fameux quartier résidentiel, pourtant de la même surface que Paris 11, qui lui contient… mille !!

Le concept d’aller prendre du pain, un journal, un appoint de courses à moins de 200m est en conséquence inexistant. 99% du flux d’achat se fait dans l’immense centre commercial à 1km, au milieu de 2 ou 3 quartiers résidentiels, et qui grossit, grossit. Un biocoop s’y est installé, évidemment avec 10 places voiture mais 0 places vélo si ce n’est 3 pinces roues. Un énorme Liddl est en train d’être terminé juste en face. Des locaux commerciaux érigés à côté. La seule place du quartier résidentiel, qui a d’ailleurs perdu entre autres sa poissonnerie, est une goutte d’eau dans ces flux commerciaux.

A mon retour à Paris, j’avais mon vélo dans le TGV. L’expérience de l’arrivée porte à porte à la gare sans devoir garer la voiture, attendre le bus est géniale. Évidemment, on m’avait proposé d’y aller en voiture (en mettant le vélo dans le coffre), puis après plusieurs refus de ma part, conseillé de partir 45 minutes à l’avance car bon, c’est un vélo ça va pas vite. 15 minutes plus tard en vélo à allure normale, nous étions à la gare à prendre un chocolat chaud sur le belvédère méconnu de la gare qui surplombe le port industriel, la rade et Plougastel-Daoulas qui s’y plonge.

Mais le trajet vers la gare de Brest était désagréable, le sentiment d’insécurité est énorme. C’est le cas aussi à Paris, mais la grosse nouveauté de 2020 à Paris c’est qu’on ne s’y sent plus seul ! Qu’importe l’heure dans la journée et dans la saison, il y a des gens qui utilisent le vélo comme moyen de transport !

Au final, je termine ce bout de texte après avoir repris mes habitudes dans la capitale. Notre capacité à s’habituer, à tolérer une situation qu’on analyserait pourtant comme problématique a peu de limites. En habitant dans un quartier pavillonnaire on s’habitue à ces modes de vie, en habitant en ville dense aussi, malgré les pavés de critiques qu’on pourrait faire sur chacun.

Je confirme ce sentiment que Paris, malgré la très faible part de la voiture, donne ce sentiment de ville de bagnoles, presque autant que Lyon et ses autoroutes urbaines. Quel gâchis, pourrir celles qui sont souvent considérées comme les plus belles villes du monde pour une minorité puissante de la population.

L’accès direct à la nature, le calme, le jardin, la santé*… ou la vie sans voiture, les bars restaurants commerces culture animations à 5 minutes à pieds. Deux mondes qui s’opposent et auxquels on s’habitue si bien.

Sauf qu’aujourd’hui, ne serait-ce que pour le réchauffement climatique et l’angle de la mobilité, ces quartiers pavillonnaires ne sont plus tolérables.

Et vous, qu’avez-vous appris sur la mobilité en 2020 :slight_smile: ?

* on a appris hier que les morts de la pollution de l’air fossile en France sont estimés à 100 000 personnes par an, soit deux fois plus qu’avant. Source.

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Pour avancer, mes lecture du moment :slight_smile:
J’ai commencé la BD, c’est très prometteur !